L’issue de Cancun

La conférence de Cancun a débuté le 29 novembre dans un climat sceptique. Après la débâcle de Copenhague, Cancun était abordé avec des pincettes. Le protocole de Kyoto doit prendre fin en 2012 et son avenir est des plus incertains. Les pays en développement y tiennent car il assure un engagement obligatoire des pays développés signataires.

C’est donc à Cancun, cette station balnéaire mexicaine symbolisant plutôt l’irrespect de l’environnement que l’écologie que s’est déroulée la 16 e conférence du climat. Contre toute attente, les négociateurs puis les ministres de l’Environnement des Etats présents sont parvenus à un accord, modeste mais un accord tout de même. Certes, le jargon des négociateurs est critiqué,  ils sont jugés déconnectés du terrain et plus enthousiastes des questions de ponctuation que du sort du climat. Mais, un résultat a fait surface, bien plus motivant que l’issue de Copenhague. On félicitera pour cela l’organisation du gouvernement mexicain et la patience de Patricia Espinosa, présidente de la conférence. Puis ce qui se jouait à Cancun dépassait pour certains le climat, il était question de la crédibilité de l’ONU et donc de son avenir. En ce sens, Cancun est une réussite puisque le processus Onusien a été relancé, mais on observe tout de même en filigrane un nouveau rapport de puissance qui se dessine.

L’accord met en place deux volets. Le premier concerne la prolongation du protocole de Kyoto et le second concerne la continuité de la constitution d’un cadre international sur l’adaptation au changement climatique. Le premier volet n’a pas réellement aboutit puisque l’avenir de Kyoto se jouera véritablement à Durban lors de la prochaine conférence en 2011. En revanche, le second volet met davantage en place le Fonds Vert, le mécanisme REDD+ chargé de la lutte contre la déforestation dans les PED et l’établissement d’un comité technologique chargé de faciliter le transfert de technologies.

Malgré les avancées, Cancun a laissé des déçus. La lourdeur et lenteur du processus reste fortement critiquées. De plus, on regrette l’absence de certains acteurs telles que les Villes. Ces dernières représentent une source importante de dégagement de GES, puis elles concentrent plus de la moitié de la population mondiale, population qui est amenée à croitre. Puis, aucune disposition contraignante n’a été ajoutée, beaucoup d’Etats restant campés sur leur position tout en déclarant l’urgence climatique.

Enfin, la question du financement fait débat. Le « Fast Start » a pour objet de rassembler 30 milliards de dollars avant 2012, date où le Fonds Vert prendrait la relève. Ce dernier sera sous tutelle de la Banque Mondiale pendant trois ans, ce qui fait déjà grincer des dents certains pays en développement dont la Banque Mondiale rappelle de mauvais souvenirs. Outre ces mécanismes, la question de la provenance des fonds reste très évasive et la question du contrôle aussi.

Concernant la déforestation, on regrette l’absence de définition précise de forêt dans le mécanisme de REDD+. Cela laisse la possibilité d’effectuer de la monoculture  d’espèce exotique tel que l’eucalyptus, ce qui ne laisse présager rien de bon.

Au-delà des accords de Cancun même, il est intéressant d’étudier le discours des différents Etats. Ce qui ressort véritablement de Cancun c’est l’engagement croissant des pays émergents. Même si la Chine s’oppose constamment aux Etats-Unis, elle voit dans la lutte contre le changement climatique une opportunité de développer une nouvelle croissance, « la croissance verte » et devenir le leader dans ce domaine. L’Inde, autre poids lourd émergent a annoncé qu’elle était prête à partager des obligations de réduction de GES. Enfin, le Brésil travaille activement pour la reforestation, leur taux de déforestation ayant significativement baissé depuis 2004. Les pays émergents se détachent donc du lot par leur action et on remarque que les Etats-Unis tendent à rester à la traine. Pour la première puissance mondiale, cela s’avère étonnant ! Aujourd’hui un nouveau rapport de force semble s’établir où l’on peut agir sans les Etats-Unis. Cela n’annonce pas la mort de cette puissance, car elle possède beaucoup de réactivité et un fort potentiel d’innovation mais, il faut peut être qu’elle se réveille. Quand à l’Europe elle a là l’opportunité d’agir avec ces pays émergents et de ne pas perdre sa crédibilité sur la scène internationale. Alors profitions de ce moment de crise pour concentrer nos énergies et rechercher des nouvelles formes de croissance et construire le monde de demain.

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